« De merveille esperdu ». Écrire l’émotion esthétique à la Renaissance (1500-1620)

Nathalie Godnair, « De merveille esperdu ». Écrire l’émotion esthétique à la Renaissance (1500-1620), Genève, Droz, 2026.

 

L’expérience esthétique est « de toutes les expériences communément vécues à la fois la plus banale et la plus singulière » écrit le philosophe Jean-Marie Schaeffer. Elle constitue en effet un moment unique où se rencontrent l’œuvre d’art et la conscience qui la perçoit. Faisant de l’émotion ressentie l’expression même de l’individualité, cette définition contemporaine n’est pourtant pas opérante pour rendre compte de ce que les hommes de la Renaissance entendent par le mot « esmotion », à une période où cette notion d’individualité émerge à peine. À partir d’un vaste corpus donnant à lire des émotions nées de la contemplation d’un tableau, d’une sculpture, d’un bâtiment, d’une pièce d’orfèvrerie ou de l’écoute d’un morceau de musique, Nathalie Godnair s’attache à mieux cerner les enjeux à la fois théologiques, philosophiques, médicaux et sociologiques qui sous-tendent les représentations littéraires de l’émotion esthétique à la Renaissance. Par l’étude des trois modèles d’écriture qui se succèdent et s’entremêlent au fil du siècle, elle montre en particulier comment cette dernière quitte peu à peu le seul espace visible du corps dans son extériorité pour emprunter des voies plus intérieures et se replier dans le « petit cabinet d’affections » qu’est le cœur.