Thomas Murphy – Le sens d’”environner” et l’idée de nature dans un sonnet de Du Bellay

Le sonnet XXXII de l’Olive augmentee du jeune Joachim Du Bellay commence par une phrase lourde de sens : « Tout ce, qu’icy la Nature environne ». En ces quelques mots, le poète angevin semble délinéer, voire résumer avec notre langage moderne (peut-être pour la première fois dans l’histoire de la littérature), un rapport entre l’idée de « nature » et l’action d’« environner », d’où la notion d’environnement. Si l’on est tenté de lire dans cette idée de nature « l’histoire de ses futurs échos » (pour reprendre une formule paradoxale de George Steiner), l’objet de cet article est autre : il s’agit de faire l’histoire lexicale du verbe environner au XVIe siècle afin de saisir la véritable nouveauté de la tournure bellayenne. Comme cet article le montrera, l’emploi de ce verbe mis en relation avec la notion de nature s’intègre dans une métaphysique platonisante. Par-delà la morale horatienne, cette réflexion poético-amoureuse prend une ampleur métaphysique, par laquelle le sonnet devient la traduction, presque littéralement, d’un passage tiré des Tusculanes de Cicéron (duquel le poète semble avoir pris son inspiration). Tout en reconnaissant la proximité entre la phrase du poète et notre propre manière de parler, on est obligé de prendre en compte la distance qui nous sépare de son imaginaire poétique, qui est néanmoins au seuil de la modernité.
Pour consulter le sommaire du bouquet du Verger consacré à “Représenter la nature en France au XVIe siècle : écritures poétiques et relations au monde”, on peut se reporter ici.