Céline Fournial – Lucrèce : une dramaturgie de l’ellipse


Sebastiano Serlio, Illustrations de Libro Primo et II d’Architettura, Livre II. Fig. p.20 : principes géométriques appliqués à l’architecture – Escaliers, gravure sur métal, Venise, G. Battista et Marchio Sessa Fratelli, 1560, Bibliothèque nationale de France (source : Gallica).

Filleul met en œuvre dans Lucrèce une dramaturgie de l’ellipse des actions, non seulement du viol de Lucrèce, mais aussi de son suicide et de la vengeance annoncée par Brute. Ces ellipses brouillent la temporalité de la tragédie et créent une forte tension entre passé et futur tout en rendant plus sensible la fatalité qui pèse sur les personnages. La scène tragique se fait certes le lieu de la déploration du malheur qui s’est produit hors scène, mais cette dramaturgie n’est pas pour autant vectrice de statisme. Les procédés d’échos et de répétitions, la représentation du ressassement d’un malheur indépassable se chargent d’une dynamique évolutive qui relance l’action et qui fait du suicide de Lucrèce non la fin de la tragédie mais le mouvement donné à une action nouvelle, celle de la vengeance, dont l’héroïne se veut l’agente. Dans cette tragédie la parole a une valeur fondamentalement agissante.

Pour consulter le sommaire du bouquet du Verger consacré à Nicolas Filleul, on peut se reporter ici.

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