Frédéric Sprogis – Expérimentations tragiques et usages de la fureur dans Achille et Lucrèce de Nicolas Filleul

Titien, Tarquin et Lucrèce, huile sur toile, vers 1571, Fitzwilliam Museum, Cambridge (source : Wikimedia Commons).
Si Nicolas Filleul n’a pas laissé de texte théorique qui formalise sa pratique théâtrale, nous pouvons déduire de ses deux tragédies les principes de son écriture tragique. De fait, ses tragédies, à l’instar de ses prédécesseurs et en particulier de Jodelle, manient le motif de la fureur, qui est un élément essentiel de construction de l’intrigue et de la mise en œuvre de sa progression vers la catastrophe, mais qui permet également de caractériser moralement les personnages : sur ce point, c’est avant tout la réversibilité du motif, qui peut être polarisé positivement ou négativement, qui se fait jour. Dès lors, la fureur sert une série d’expérimentations spectaculaires, au point de permettre de dégager des critères de la scène de fureur. Ainsi, ce motif révèle la manière dont Filleul revisite son héritage antique et contemporain pour définir une esthétique tragique qui lui est propre.
Pour consulter le sommaire du bouquet du Verger consacré à Nicolas Filleul, on peut se reporter ici.