« De « ceux qui de leur pouvoir aydent et favorisent au publiq ». Guillaume Rouillé, libraire à Lyon »

CR de l’article d’Elise Rajchenbach-Teller

 

Le Promptuaire, éd. de 1577. Source :http://le-bibliomane.blogspot.fr/2013/01/le-promptuaire-des-medailles-une.html : c'est une page très complète sur l'histoire du Promptuaire, page qui rend hommage à l'article d'E. Rajchenbach-Teller

Le Promptuaire, éd. de 1577. Source :http://le-bibliomane.blogspot.fr/2013/01/le-promptuaire-des-medailles-une.html : c'est une page très complète sur l'histoire du Promptuaire, page qui rend hommage à l'article d'E. Rajchenbach-Teller

 

À travers les textes qu’il a écrits, notamment ses préfaces, l’imprimeur lyonnais Guillaume Rouillé (actif de c. 1543 à 1589) se construit unepersona triple : il se présente à la fois comme libraire, comme auteur et comme traducteur, trois « visages » qui retiennent successivement l’attention d’Élise Rajchenbach-Teller une fois qu’elle a établi l’état de la recherche, bien mince – quatre articles portent exclusivement sur Rouillé, dont « Publisher Guillaume Rouillé, businessman and humanist » de Nathalie Zamon-Davis, ainsi qu’une longue notice d’Henri Baudrier dansBibliographie lyonnaise. Recherche sur les imprimeurs, libraires, relieurs et fondeurs de lettres de Lyon au XVIe siècle (qui date de 1895-1921).

 

I. Une identité de « passeur » : le travail des paratextes

Comme libraire, Guillaume Rouillé doit s’imposer face à ses concurrents, dont le célèbre Jean de Tournes. Pour y parvenir, il met d’abord en avant son parfait bilinguisme italien-français, issu d’un passage chez Giolito notamment et qui lui assure « la propriété du domaine italien ». Il se vante d’ouvrir un accès fiable aux ouvrages italiens pour le public français, en sollicitant, en supervisant et en révisant les traductions qu’il imprime. Élise Rajchenbach-Teller, pour qui Rouillé est visiblement très sympathique, ne résiste pas au plaisir, partagé par son lecteur, de raconter les petites malhonnêteté dont le libraire se targue : elle donne deux exemples de textes où Rouillé se félicite d’avoir volédes traductions de Luc’Antonio Ridolfi.

II. Le travail de diffusion : le Promptuaire des Medalles, des grands hommes au grand libraire

Comme auteur, Rouillé produit son Promptuaire des Medalles (1553, révisé en 1577), qui lui permet de se croquer en humaniste et « en prolongateur de l’action de médecins ou de juristes ». L’ouvrage est une collection de portraits de grands hommes, sous la forme de notices accompagnées d’une illustration. Rouillé émaille ses notices de référencesà ses publications, dont il n’a pas fait de catalogue officiel (note 41 de l’article). Ainsi, il rappelle qu’il a publié un ouvrage du juriste François Duaren à l’occasion du portrait de ce dernier. Dans le domaine médical, qui l’intéresse beaucoup, il se place à la pointe de l’actualité en se déclarant partisan de Galien contre Aristote (notice sur Jean Argentier). Mais sans l’imprimeur qui les transmet et les rend accessibles en les traduisant, les travaux des médecins ne seraient rien : le Promptuaire est, selon Élise Rajchenbach-Teller, un « monument : monument de l’humanisme mais aussi monument des productions de Guillaume Rouillé ». Il s’agit aussi d’une promotion de son catalogue et de son travail. Dans ces notices, Rouillé se plaît à se citer aux côtés des plus grands, comme Henri Estienne : il se place dans une prestigieuse continuité.

 

III. Faciliter l’accès aux textes : traduire et éditer

Comme traducteur, Rouillé s’est notamment frotté à Cicéron (Les oeuvres de M. T. Cicero : Les offices, le livre d’amitié, le livre de vieillesse, les Paradoxes, le Songe de Scipion, 1560). Cette traduction est l’occasion pour Rouillé de mettre en avant sa compétence d’éditeur scientifique, de traducteur et de libraire, certes. Cependant, Élise Rajchenbach-Teller montre que, au-delà de cet objectif, Rouillé « a lu [dans le texte de Cicéron] son devoir, en tant que libraire, de diffuser la sagesse cicéronienne ». Rouillé, qui a la chance de bien connaître le latin, a le devoir de transmettre le texte de Cicéron à ceux qui ne le connaissent pas, afin de leur faire goûter les fruits d’une sagesse qui leur était auparavant défendue. Rouillé est convaincu de sa mission mais aussi de l’imperfection de toute traduction : il propose une édition bilingue, destinée d’une partà faciliter l’apprentissage du latin ou du français et, d’autre part, àpermettre au lecteur de consulter le texte originel. L’édition bilingue estégalement très rentable – Rouillé ne manque pas de sens commercial.

Élise Rajchenbach-Teller achève son article très érudit mais parfois trop répétitif (que celui qui n’a jamais commis ce péché véniel jette la première pierre) en rappelant que l’étude des publications de Rouillé « nécessite un travail approfondi, qui reste encore à faire ».

Compte rendu fait par Anne Debrosse.