La Nuit, la Lune et les Etoiles

19 mai 2012, Musée National de la Renaissance (Ecouen)

 

Adam ELSHEIMER, "La Fuite en Egypte", (1609), Munich, Alte Pinakothek (source : WGA).
Adam ELSHEIMER, « La Fuite en Egypte », (1609), Munich, Alte Pinakothek (source : WGA).

A l’occasion de la Nuit européenne des musées, l’équipe du château d’Ecouen a organisé un parcours autour du thème de « La Nuit, la Lune et les Etoiles ».

Le compte-rendu que l’on peut lire ci-dessous a été rédigé à partir de notes prises au cours de cette visite thématique du château d’Anne de Montmorency.

« Clere Venus, qui erres par les Cieus,

Entens ma voix qui en pleins chantera,

Tant que ta face eu haut du Ciel luira,

Son long travail et souci ennuieus. »

 

Louise Labé, extrait du sonnet V (Sonnets).

 

Ambivalente, la nuit apparaît à la Renaissance comme riche de significations : grande source d’inspiration pour les poètes, elle est à la fois moment d’inquiétude, lieu de gestation du jour, enveloppe d’obscurité protégeant aussi bien les amours que les forfaits mais marque aussi l’arrivée du sommeil, ce « frère de la mort ».

Les étoiles et la science : connaître le ciel

Michel ASNE, Astrolabe planisphérique, (1602), Caen, conservé au Musée National de la Renaissance (photographie : Adeline Lionetto-Hesters).

Michel ASNE, Astrolabe planisphérique, (1602), Caen, conservé au Musée National de la Renaissance (photographie : Adeline Lionetto-Hesters).

Probablement hérité de la Grèce antique, l’astrolabe est une carte conventionnelle du ciel. Enrichi de nouvelles fonctions et simplifié par les Arabes, il atteint son apogée à la Renaissance. Il permet de déterminer l’heure de jour comme de nuit grâce à la position des astres, de prendre des mesures topographiques ou de calculer les thèmes astraux.

Est mis à l’honneur à l’occasion de ce parcours l’un des trésors du musée : la cadran solaire en forme de calice dont nous ne pouvons malheureusement pas montrer de reproduction. Les lignes gravées dans le métal renvoient aux équinoxes et aux solstices ainsi qu’aux heures inégales (heures également appelées temporaires variant selon le lieu et la saison) et aux heures égales. Un calendrier zodiacal où figurent les noms des mois est gravé sur le rebord.

Cadrans horizontaux universels à fil-axe. Gauche : Ulrich SCHNIEP, Munich, 1582. Droite : Alexius SCHNIEP, Vienne, deuxième moitié du XVIe siècle (photographie : Adeline Lionetto-Hesters).
Cadrans horizontaux universels à fil-axe. Gauche : Ulrich SCHNIEP, Munich, 1582. Droite : Alexius SCHNIEP, Vienne, deuxième moitié du XVIe siècle (photographie : Adeline Lionetto-Hesters).

Les étoiles et la science : représenter le monde

Sphère céleste, Musée National de la Renaissance (photo : A. Lionetto-Hesters).

Sphère céleste, Musée National de la Renaissance (photo : A. Lionetto-Hesters).

Cette sphère céleste est le plus grand globe du début du XVIe siècle qui nous soit parvenu. Son auteur est inconnu mais les astres y sont placés de façon conforme à la description qu’Alphonse de Cordoba fait dans sesTabulae astronomicae Elisabeth reginae publiées à Venise en 1503. On peut dénombrer 85 constellations incarnées par des figures humaines ou animales et environ 750 étoiles. On suppose que le globe abritait un mécanisme aujourd’hui disparu qui aurait permis de reproduire la rotation des astres à des fins scientifiques mais surtout pour démontrer la richesse de son possesseur.

Page de titre de "Hypnérotomachie, ou Discours du songe de Poliphile" de F. Colonna, Paris, J. Kerver, 1546 (source : gallica).

Page de titre de « Hypnérotomachie, ou Discours du songe de Poliphile » de F. Colonna, Paris, J. Kerver, 1546 (source : gallica).

 

 

Dans la même pièce, à savoir la bibliothèque du connétable, est exposé un exemplaire du Songe de Poliphile ou Hypnerotomachia(« lutte pour l’amour en rêve ») de Francesco Colonna. Grand succès de librairie au XVIe siècle, ceSonge est un récit à la première personne dans lequel Poliphile rapporte le parcours qu’il a effectué en rêve. L’ouvrage est à la fois une réflexion sur la vanité des réalités terrestres, une somme de connaissances variées et un questionnement sur le songe, ses labyrinthes et son lien ambigu au réel.

L’origine mythologique des astres

Broderies de l'Arsenal, "La Tenture de Diane", (détail : La Naissance de Diane et Apollon), Musée National de la Renaissance (photo : A. Lionetto-Hesters).

Broderies de l’Arsenal, « La Tenture de Diane », (détail : La Naissance de Diane et Apollon), Musée National de la Renaissance (photo : A. Lionetto-Hesters).

Cette tapisserie, tissée dans les années 1550 dans des ateliers parisiens, évoque la création mythique des astres. Le mythe de Latone a en effet pu être lu comme une allégorie de la Création, l’esprit divin ensemençant la substance céleste (Latone) pour faire naître les astres. Ayant été l’une des maîtresses de Jupiter, Latone est poursuivie par le serpent Python envoyé par Junon furieuse de cette nouvelle infidélité de Jupiter et qui condamne en outre Latone à ne pouvoir faire naître ses enfants sur la terre. La jeune femme erre alors jusqu’à ce qu’elle trouve l’île d’Ortygie (ou Astérie) qui, flottant entre la terre et la mer, n’est pas frappée par la malédiction de Junon. Jupiter accroche l’île au fond de la mer, et l’île prend le nom de Délos.

Ci-contre, Latone ayant enfanté Diane est aidée par la jeune enfant pour mettre au monde son jumeau, Apollon.

Broderies de l'Arsenal, "La Tenture de Diane", détail, Musée National de la Renaissance (photo : A. Lionetto-Hesters).

Broderies de l’Arsenal, « La Tenture de Diane », détail, Musée National de la Renaissance (photo : A. Lionetto-Hesters).

 

Dans cette autre partie de la tapisserie, Jupiter envoie sur ses enfants leur astre tutélaire, la Lune sur Diane, le Soleil sur Apollon. Ces deux astres qui naissent ensemble, tels des jumeaux, sont en effet conçus comme étroitement dépendants. La lune reçoit et reflète la lumière du soleil.

 

 

 » De quel soleil, Diane, empuntes tu tes traicts,

La flamme, la clarté de ta flamme divine :

Le haut Amour grand feu du monde, où il domine

Luit sur toy, puis sur nous luire ainsi tu te fais ».

 

Etienne Jodelle, extrait du sonnet III des Amours.

 

Compte-rendu par Adeline Lionetto-Hesters (mai 2012).