L’empereur Maximilien Ier et l’art de son époque

14 septembre 2012 – 6 janvier 2013 – Musée Albertina de Vienne (Autriche)

L’empereur Maximilien Ier et l’art de son époque (Kaiser Maximilian I. und die Kunst der Dürer-zeit)

 

 Albrecht Dürer, "L'Empereur Maximilien Ier", 1518, pastels et craie, Albertina, Vienne. (source : http://www.albertina.at)
Albrecht Dürer, « L’Empereur Maximilien Ier », 1518, pastels et craie, Albertina, Vienne. (source : http://www.albertina.at)

Malheureusement peu accessible pour la majorité de nos lecteurs, le Musée Albertina de Vienne (Autriche) présente jusqu’au 6 janvier 2013 une très belle exposition consacrée à l’Empereur Maximilien Ier et aux arts. L’occasion de découvrir de rares gravures de Dürer rarement exposées mais aussi quelques oeuvres inédites, et d’en apprendre davantage sur la façon dont Maximilien a su utiliser les artistes pour glorifier l’Empire à travers la mise en scène de sa personne.

 

« Celui qui ne se préoccupe pas de son souvenir pendant qu’il vit ne sera pas remémoré après sa mort, et cette personne sera oubliée lorsque sonnera le glas. C’est pourquoi l’argent que je dépense pour mon souvenir ne sera pas perdu. »

 (Maximilien Ier, Weißkunig)

L’Empereur et sa famille

Bernhard Strigel, "La famille de Maximilien Ier", 1515-1520, Kunsthistorisches Museum, Vienne. (source : http://www.albertina.at)

Bernhard Strigel, « La famille de Maximilien Ier », 1515-1520, Kunsthistorisches Museum, Vienne. (source : http://www.albertina.at)

Divisée en quatre salles, l’exposition de l’Albertina offre un aperçu très complet de l’usage politique que l’empereur Maximilien a fait des nombreux artistes de renom de son temps.

 

La première salle est consacrée à la famille de l’empereur : il s’agit de glorifier les Habsbourg par des portraits d’apparat, mais aussi de souligner la valeur de leur lignée en développant leur généalogie (réelle ou fantasmée) à travers divers documents commandés à l’époque par l’empereur.

 

Cette entrée en matière est également l’occasion d’évoquer le contexte artistique et intellectuel de l’époque : des documents rarement exposés sont présentés, comme de superbes gravures d’Albrecht Dürer, ou encore une très grande carte détaillée de Venise.

1. Niklas Reiser, « Marie de Bourgogne », vers 1500, Kunsthistorisches Museum, Vienne ; 2. Joos van Cleve, « Maximilien Ier », vers 1508/9, Kunsthistorisches Museum, Vienne ; 3. Hans Burgkmair le Vieux, « l’Empereur Maximilien à cheval », 1518, Albertina ; 4. Albrecht Dürer, « Saint Jérôme à son étude », 1514, Albertina. (sources : http://www.albertina.at et photo personnelle).

 

Le triomphe de l’Empereur : la frise inédite d’Albrecht Altdorfer

Albrecht Dürer, "le grand char triomphal", 1518 (source : photo personnelle)

Albrecht Dürer, « le grand char triomphal », 1518 (source : photo personnelle)

La seconde salle constitue le coeur de l’exposition puisqu’elle en présente la pièce maîtresse : la gigantesque frise (qui faisait plus de 100 mètres de long !) réalisée par Albrecht Altdorfer et son atelier, intitulée « La procession triomphale de l’empereur ». Plus de 53m de cette frise sur parchemin en couleur nous sont parvenus et sont présentés pour la première fois au public après restauration. Peu haute, la frise impressionne néanmoins par sa longueur et par la qualité du dessin. Accrochée in-extenso sur le mur de la salle à hauteur d’homme, elle permet de suivre la « procession » de la même manière qu’un spectateur assisterait à un triomphe antique : les groupes (environ un par feuille de parchemin) se succèdent et ravissent par leur diversité. On observe par exemple les porte-drapeaux qui présentent les emblèmes de toutes les provinces gouvernées par l’empereur, des porte-étendarts qui soutiennent des représentations des victoires militaires, des groupes de soldats, la famille le l’empereur, les chariots de munitions, le butin, etc. Nulle doute que cette réalisation, diffusée à l’époque par le biais de gravures, était de nature à frapper les esprits.

La salle présente également d’autres oeuvres de propagande à la gloire de l’empereur, comme le magnifique « char triomphal » de Dürer (plume et aquarelle).

Enfin, quelques illustrations du Freydal permettent d’évoquer l’entreprise littéraire autobiographique de l’empereur, qui constitue un cycle composé du Freydal, du Theuerdank et du Weisskunig. Dans le Freydal (qui raconte le triomphe du jeune seigneur), le héros éponyme Freydal prend part à différents tournois de chevaliers et en sort toujours victorieux, et il se divertit lors de fêtes costumées. À la fin de cette aventure, la princesse bourguignonne Marie annonce la victoire du héros. Le convoi de mariage final et les dangers auxquels il s’expose constitue le sujet du Theuerdank.

Albrecht Altdorfer et atelier, divers détails de « la procession triomphale de l’empereur », v. 1512-1515 (sources : http://www.albertina.at et photo personnelle)

Le « dernier chevalier »

Albrecht Dürer, "Le Chevalier, la Mort et le Diable", 1513, Albertina (source : http://www.albertina.at)

Albrecht Dürer, « Le Chevalier, la Mort et le Diable », 1513, Albertina (source : http://www.albertina.at)

La salle suivante s’intéresse plus particulièrement à la pratique des armes, car Maximilien Ier a souvent été surnommé « le dernier chevalier » à partir du XIXe siècle. On y découvre la gravure d’une autre frise (également nommée « procession triomphale de l’empereur »), dûe cette fois à la collaboration de plusieurs artistes : Hans Burgkmair, Albrecht Altdorfer et Albrecht Dürer. Elle représente à nouveau divers chars, souvent tirés par des animaux exotiques. On peut aussi admirer l’équipement complet de l’empereur (son armure, son épée et son bouclier), ainsi que la très célèbre gravure de Dürer « le chevalier, la mort et le diable ».

1. à 3. Hans Burgkmair, Albrecht Altdorfer et Albrecht Dürer, divers détails de la « procession triomphale de l’empereur », 1516-1518, (gravure), et 4. Albrecht Dürer, « portrait de l’empereur Maximilien », vers 1519 (sources: photos personnelles).

La mort de l’Empereur

A. Altdorfer et A. Dürer, "L'Arche d'honneur", 1515, Albertina (source : photo personnelle)

A. Altdorfer et A. Dürer, « L’Arche d’honneur », 1515, Albertina (source : photo personnelle)

La dernière salle, quoique de dimensions plus réduites, est tout à fait  intéressante car elle évoque la manière dont Maximilien Ier a anticipé sa mort et la mise en scène de son décès. Cela constitue donc une conclusion idéale à cette exposition consacrée à la propagande impériale. On y voit notamment la monumentale « Arche d’honneur » réalisée par Altdorfer et Dürer (notre photo permet d’en prendre la mesure). Elle relève de la même logique de célébration/commémoration que les « processions triomphales », puiqu’elle évoque à la fois les ancêtres de Maximilien, ses prédécesseurs glorieux depuis Jules César, ses succès militaires, les événements marquants de son règne, ses traits de caractère, etc… Les projets relatifs au tombeau de l’empereur sont également présentés. Toutefois, après ces innombrables célébrations du faste impérial et de la glorieuse figure de l’empereur, le portrait de la dépouille de Maximilien vient rappeler de manière poignante l’égalité de tous devant la mort.

Monogrammiste A.A., "dépouille funèbre de l'empereur", 1519, Steiermärkisches Landesmuseum Joanneum, Graz (source : http://www.albertina.at)
Monogrammiste A.A., « dépouille funèbre de l’empereur », 1519, Steiermärkisches Landesmuseum Joanneum, Graz (source : http://www.albertina.at)

Lien vers la présentation de l’exposition (en anglais ou allemand) sur le site de l’Albertina (avec d’autres illustrations).

 

Compte rendu rédigé par Aurélia Tamburini.