CR Chorea : Portrait – séance du 1er mars 2014

Pouvoirs émotionnels des portraits

Hans MEMLING, "Diptyque de Jean de Cellier", (vers 1475), Paris, musée du Louvre (source : WGA).

Hans MEMLING, "Diptyque de Jean de Cellier", (vers 1475), Paris, musée du Louvre (source : WGA).

10h

Le portrait dévotionnel, ou comment atteindre l’union à Dieu dans et par l’image (anciens Pays-Bas, 1400-1550)

par Ingrid FALQUE (université catholique de Louvain / Histoire de l’art)

Au sein de l’abondante production picturale flamande de la fin du Moyen Âge, les tableaux religieux comportant des portraits de contemporains en prière – c’est-à-dire des « portraits dévotionnels » ou des « portraits de donateurs », pour reprendre leur appellation la plus commune – ont rencontré un très vif succès. En effet, on conserve encore aujourd’hui plus de 700 œuvres de ce type produites dans les anciens Pays-Bas entre 1400 et 1550. Dans le cadre de cette communication, centrée sur quelques œuvres exemplaires de ce corpus, je montrerai que ces tableaux peuvent être envisagés comme des « mises en image » de la progression spirituelle des personnes portraiturées. Images efficaces d’un point de vue dévotionnel, ces œuvres permettent aux dévots d’entrer physiquement dans l’image, de manière à montrer picturalement la perfection spirituelle qu’ils atteignent. En dressant des parallèles avec plusieurs textes mystiques et dévotionnels contemporains, traitant de la question de l’union à Dieu et du processus contemplatif, je montrerai que les ambivalences visuelles décelées dans de nombreux tableaux (jeux de cadre, effets visuels liés à la construction de l’espace pictural…) jouent un rôle primordial dans le sens véhiculé par ces images. À la lumière des théories de l’image dans les pratiques méditatives, ces ambiguïtés n’apparaissent pas tant comme des motifs qui remettent en doute la réalité de la rencontre qui se joue devant nous, mais plutôt comme des témoins de la complexité du phénomène représenté. En effet, les apparentes contradictions inhérentes à ces images reflètent, d’une part, la manière dont on devait idéalement utiliser les images pendant les pratiques méditatives et, d’autre part, la complexité de l’expérience spirituelle, telle qu’elle est décrite dans les traités de spiritualité de l’époque.

10h30

Discussion

11h

Exploration par le regard d’une Annonciation de Piero della Francesca

par Zoï KAPOULA (CNRS / Neurosciences cognitives)

Quels sont les corrélats physiologiques du pouvoir des images ?

À travers l’exploration oculomotrice de différentes œuvres, dont l’Annonciation que Piero della Francesca a peinte en partie haute du polyptyque de saint Antoine (Pérouse, Galerie nationale de l’Ombrie, vers 1470, 122 x 194 cm), est étudié l’impact de l’image sur le regard et le corps du spectateur.

11h30

Discussion

12h

Un celeste crayon pour peindre le celeste. Portrait de l’aimée chez quelques poètes de la seconde moitié du XVIe siècle (Ronsard, Jodelle, Aubigné)

par Adeline LIONETTO-HESTERS (université Paris-Sorbonne / Lettres modernes)

À partir de quelques extraits de poésie amoureuse, je développerai une réflexion sur le « pourtrait » de la dame dont l’importance est capitale dans la lyrique d’amour. En effet, cette image se grave dans l’esprit du poète amant pour nourrir sa flamme : la description de ce phénomène s’appuie d’ailleurs à l’époque sur des théories médicales élaborées afin d’expliquer pourquoi l’amant est obsédé par l’image de sa belle. Ce « portrait » de l’amoureuse, gravée en l’âme et au cœur de l’amant, c’est-à-dire une image intériorisée, motive à son tour le portrait que le poète nous dresse de sa belle.

Cette approche nous permettrait de travailler sur les théories médicales qui justifient cette empreinte mentale, ainsi que sur le portrait éclaté de l’amante qui nous est généralement proposé dans un recueil de poèmes amoureux.

12h30

Discussion