Gender, Generosity and Gift Exchange in Early Modern England

Amanda Herbert (Christopher Newport University)

Communication donnée au sein du panel Generosity in the Early Modern Period, vendredi 23 mars 2012, 15h45-17h15.

Francisco de Zurbaran, Nature morte (coings), Museo Nacional de Arte de Cataluna, entre 1633 et 1664 (source : wikipedia)

Francisco de Zurbaran, Nature morte (coings), Museo Nacional de Arte de Cataluna, entre 1633 et 1664 (source : wikipedia)

Résumé fourni par l’autrice pour le colloque, qui lui a également servi d’introduction à son propos :

« On October 25, 1617, in an otherwise unremarkable entry in her diary, Anne Clifford wrote that she « gave [several female friends] some marmelade of Quinces. » This seemingly mundane gift actually reveals much about gender, sociability, and generosity in early modern England. Gift exchange has recently been recognize as an important subject of historical inquiry. But while projects on charitable donations, posthumous bequests, exchanges of specimens, and New Year’s gifts have indicated the importance of presents in early modern Europe, no study has examined gift exchange as an explicitly gendered practice. Anne Clifford’s marmelade, confected from exotic fruits and imported sugar, was intended to convey her elite taste, wealth and « feminine » culinary skill. By examining closely evidence of gifts in women’s manuscripts, and by analyzing and « unpacking » these gifts using early print texts like horticulture and cookery guides, this paper reconstructs the complex role of gender in generosity and gift exchange ».

Osias Beert, Nature-morte avec des huîtres et des pâtisseries, Staatsgalerie, Stuttgart, 1610 (source : wga)

Osias Beert, Nature-morte avec des huîtres et des pâtisseries, Staatsgalerie, Stuttgart, 1610 (source : wga)

Les sources se trouvent dans les manuels de bonne conduite ou les textes prescriptifs. Les femmes, tout spécialement, produisent les confitures, pour deux raisons. Toutes les femmes doivent cuisiner, quelle que soit leur origine sociale ; elles sont surtout attachées à tout ce qui concerne la préparation culinaire des fruits. Quant aux mets sucrés, ils sont l’apanage des nobles.

En France, la culture du fruit est l’expression d’une distance sociale. En Angleterre, c’est plus marqué en raison du climat, beaucoup moins favorable à la culture des fruits (à part les pommes par exemple) : les pauvres n’en mangent pas beaucoup. En France, les fruits peuvent pousser en plein air, tandis qu’en Angleterre, les fruits demandent des soins particuliers. Des serres sont construites pour que leur production soit possible. Les fruits frais servent de présents (Mary Hastings en offre par exemple). Les échanges de fruits sont essentiels dans les relations féminines. Le fruit cru est donc un présent très apprécié, mais le problème est qu’il pourrit très rapidement. La confiture apparaît comme un moyen de les conserver plus longtemps. Mais pour cela, il faut du sucre.

Aux XVe et XVIe siècles, le sucre est rare. À partir des années 1550, il l’est de moins en moins. Le sucre est consommé surtout dans les classes supérieures. En effet, c’est une matière très chère. Bien sûr, la nourriture a un rôle social majeur : elle reflète une affinité de goût et de mode de vie. Travailler avec le sucre est une activité de femmes. Or, le sucre qu’elles utilisent sert principalement à faire des confitures, des fruits confits, des gâteaux aux fruits et des bonbons qu’elles offrent à leurs amies.

Faire des confitures et les offrir témoigne de l’hospitalité, de l’attention apportée aux invitées et à autrui, et de la créativité de l’hôtesse qui cuisine parfois d’après des livres de cuisine, parfois d’après ses propres recettes. Quoi qu’il en soit, la femme souligne presque toujours le fait que c’est elle qui a fait le cadeau sucré de ses propres mains. Il s’agit pour l’hôtesse de cultiver ses relations avec les autres femmes.

Anne Clifford (source : wikipedia)

Anne Clifford (source : wikipedia)

Anne Clifford était une femme riche et éduquée. Son journal, au moment où elle parle de la confiture de coings qu’elle offre à des amies, reflète sa solitude et l’isolement dont elle pâtissait alors, en raison de problèmes familiaux. Ses amies viennent et le présent de confiture joue pour cela un rôle important. Les femmes parlent, se promènent et un cadeau, luxueux et fait par l’hôtesse, est offert : tout cela constitue un événement positif dans la vie d’Anne Clifford.

 

Compte-rendu par Anne Debrosse, le 28-04-2012