Politics as Astrological Expertise in Renaissance Hungary

Darin Hayton (Haverford College)

Communication donnée au sein du panel Renaissance Astrology, vendredi 23 mars 2012, 14h00-15h30.

Programme (résumés fournis par les auteurs pour le colloque) :

– Sheila J. Rabin.

« This paper will deal with two defenses of astrology that appeared within a few years after the publication of Giovanni Pico della Mirandola’s Disputationes adversus astrologiam divinatricem in 1496. Lucio Bellanti’s Liber de astrologica veritate was first published in 1498 and Jakob Schönheintz’s Apologia astrologiae appeared in 1502. Both attacked Pico’sDisputationes. Pico had attacked astrology as against the Christian religion and as poor science, and I will focus on how Bellanti and Schönheintz defended astrology on these two issues ».

– Darin Hayton.

« Politics as Astrological Expertise in Renaissance Hungary ».

– Patrick J. Boner.

« Johannes Kepler (1571-1630) claimed that certain configurations of the planets were astrologically influential. Also known as the aspects, these configurations embodied geometrical figures that Kepler saw as « a sort of archetype of the world ». Held in the balance with geometry, observational experience also played a primary role in Kepler’s astrology. Even Jofrancus Offusius, branded by Kepler as « the most bitter enemy of the aspects », had accepted a configuration on account of empirical evidence. In this presentation, I explore the influence of Offusius on Kepler’s empirically driven astrology. I also examine Kepler’s theory of a soul in the earth, which was thought capable of recognizing and responding to the aspects. I argue that many of the empirical and geometrical principles of Kepler’s astrology found their foundation in the earth soul, which, as Kepler put it, resolved « everything that Pico [della Mirandola] drew from philosophy against the aspects » ».

N.B. : Darin Hayton avait écrit un article à la suite du Congrès de la RSA de 2006, disponible en ligne (http://dhayton.haverford.edu/wp-content/uploads/2011/12/Hayton_Centaurus.pdf) où il interrogeait déjà les liens entre la politique et l’astrologie sous Corvinus. Il faut s’y reporter si l’on veut des précisions sur Martin Bylica, sur le contexte historique… Il a produit un deuxième texte sur le sujet en 2010 (http://dhayton.haverford.edu/wp-content/uploads/2011/12/Hayton_Osiris.pdf). La communication de 2012 est la présentation et le prolongement de ces deux premiers travaux.

Matthias Corvinus (source : wikipedia)

Matthias Corvinus (source : wikipedia)

Matthias Corvinus, roi de 1458 à 1490, a introduit la Renaissance italienne en Hongrie. Pour ce qui concerne les astres et l’astrologie, il a conçu trois grands projets :

  • Organiser un débat à la diète sur l’astrologie
  • Constituer une bibliothèque royale qui réunirait l’ensemble du savoir astrologique.
  • Créer un observatoire. Pour cet observatoire, il devait choisir un savant capable de façonner des instruments pour observer le ciel.

Ces différents projets ont pour objectif de contrôler l’astrologie. Contrôler le savoir astrologique, revient à asseoir une autorité politique. Contrairement à d’autres parmi ses contemporains, Corvinus ne se contente pas d’une astrologie privée, mais veut contrôler les modalités du savoir astrologique. L’exposé suit successivement les trois grands projets de Corvinus.

 

1. Le débat à la diète

Gualterus Arsenius, Astrolabe, Musée des Arts et Métiers, 1569 (source : wikipedia)

Gualterus Arsenius, Astrolabe, Musée des Arts et Métiers, 1569 (source : wikipedia)

La diète, réunie à Pozsony en 1468, accueille en fin de séance un débat entre Martin Bylica et Jan Stercze, tous deux polonais. Le débat porte sur un horoscope fait par Stercze pour la naissance du fils de Janos Rozgon, un comte hongrois. Rozgon a demandé à Bylica s’il confirme l’horoscope dressé par Stercze une année auparavant. Les deux astrologues confrontent leurs méthodes. Bylica affirme que Sterzce s’est trompé et l’emporte. L’enjeu du débat est de taille : le vainqueur, Bylica, empoche 100 florins (ce qui est une somme considérable pour l’époque) et, surtout, obtient une place d’astrologue et de conseiller politique auprès de Corvinus. Par ailleurs, en se présentant comme juge du débat, Corvinus, qui déclare vainqueur Bylica, montre sa propre expertise.

L’une des fonctions principales de l’astrologie au XVe siècle est de déterminer l’horoscope d’un individu à partir de sa date de naissance, calcul très demandé pour les héritiers royaux. Martin Bylica exécute ce calcul à l’aide d’un astrolabe1. L’intérêt porté aux horoscopes royaux est lié à l’idée que le mouvement des planètes coïncide avec celui des dynasties : les mouvements des corps célestes reflètent les desseins de Dieu. Or, Corvinus a certes été élu roi (la Hongrie étant régie par une monarchie élective), ce qui lui donne une certaine légitimité, mais il est le premier roi de Hongrie à ne pas avoir d’ascendance noble, ou très peu. Martin Bylica joue donc un rôle important dans la recherche de légitimité de Corvinus, qui cherche à contrôler la connaissance astrologique, d’où la bibliothèque et l’observatoire.

2. La bibliothèque royale

Il s’agit de substituer la bibliothèque au lignage. La bibliothèque apporte du prestige à son propriétaire. En outre, l’astrologie sert à distinguer les grands rois : elle devient donc la pierre angulaire de la bibliothèque de Corvinus.

Galeotto Marzio (source : wikipedia)

Galeotto Marzio (source : wikipedia)

La collection astrologique, de très grande ampleur, se composait de volumes de commentaires grecs, latins et arabes sur les éclipses, les comètes et autres phénomènes célestes faisant l’objet d’interprétations astrologiques [une petite liste de ces ouvrages se trouve dans l’article de 2010]. En 1465, Corvinus embauche l’humaniste italien Galeotto Marzio da Narni pour superviser la bibliothèque. Marzio est un astrologue et un chiromancien réputé. Corvinus ouvre la bibliothèque à tous les savants qui voudraient venir y consulter des ouvrages. Ces savants le louent pour sa générosité et l’ampleur de sa collection.

La bibliothèque, lieu de plaisir intellectuel, manifeste l’autorité du roi. Selon Marzio, Corvinus est « rex et astrologus« . Les deux pièces de la bibliothèque s’ornaient de fresques représentant les horoscopes correspondants aux moments cruciaux de la vie de Corvinus (dans la première salle, sa naissance, dans la seconde, son couronnement). La salle du trône était d’ailleurs proche de la bibliothèque.

3. L’observatoire

Corvinus a chargé Martin Bylica, avec l’aide d’Hans Dorn (qui confectionnait les meilleurs outils de mesure céleste à cette époque), de mettre en place un observatoire. Bylica a demandé à Dorn de lui confectionner des instruments, à défaut d’en trouver qui existent déjà. Parmi ces outils, Dorn confectionna un globe céleste en métal, le plus grand avant les années 1500. Bylica les a utilisés, mais l’observatoire ne fut jamais achevé, l’opération ayant été interrompue par la mort de Corvinus en 1490.

 

Conclusion

Bylica explique la mort du roi par une conjoncture céleste2. L’astrologie sert à tout expliquer. L’expertise technologique permet de renforcer l’autorité : l’éthos est en jeu, car la cours n’est pas seulement une institution ou un lieu.

 

Compte-rendu par Anne Debrosse, le 28-04-2012


  1. Pour des précisions sur l’astrolabe, on peut consulter le recueil constitué par la BNF à l’occasion d’une exposition virtuelle intitulée « Ciel et terre », où se trouve un documents sur l’astrolabe (http://expositions.bnf.fr/ciel/maths/pdf/astro2.pdf) ou encore les pages très denses (http://www-obs.univ-lyon1.fr/labo/fc/Ateliers_archives/ateliers_2010-11/usages_astrolabe.pdf) rédigées par le CRAL (Centre de Recherche Astrophysique de Lyon – CNRS). Voir l’article de Darin Hayton de 2010 pour l’usage précis qu’a fait Bylica de l’astrolabe. 

  2. Donnée par D. Hayton dans son article de 2010 : the “causes of death include a conjunction of Jupiter and Mars at 16 degrees of Capricorn; also a conjunction of Mars and Mercury at 8.”