Journée d’étude Cornucopia : Les Jardins à la Renaissance

Les Jardins à la Renaissance

Dans le cadre de l’opération nationale «Rendez-vous aux jardins», en partenariat avec l’Association Pierre de Ronsard

6 juin 2015 de 10h00 à 18h
Journée d’étude organisée par Marie Goupil-Lucas-Fontaine et Adeline Lionetto
BOTTICELLI, Sandro, Primavera, c. 1482 Tempera on panel, 203 x 314 cm, Galleria degli Uffizi, Florence

BOTTICELLI, Sandro, Primavera, c. 1482
Tempera on panel, 203 x 314 cm, Galleria degli Uffizi, Florence

A l’occasion de la journée nationale « Rendez-vous aux jardins », Cornucopia déplace  son séminaire Chorea au manoir de la Possonnière, demeure de Ronsard, pour une journée d’étude exceptionnelle sur le thème des jardins.

 Programme

10h – Accueil

10h30 – Introduction

10h45 – Marie-Claire Thomine : « Le jardin d’Eutrapel : le motif de la retraite rustique dans les Contes et Discours d’Eutrapel de Noël Du Fail (1585) »

Les Contes et Discours d’Eutrapel, dernière œuvre narrative d’un auteur qui s’était fait connaître en sa jeunesse par les Propos Rustiques (1547) et les Baliverneries d’Eutrapel (1548), s’achèvent sur une prise de congé : le « feu seigneur de La Hérissaye », à qui l’on doit l’ouvrage, met à la retraite Eutrapel qui se retire désormais à la campagne dans sa « demeure philosophale et de repos » ; nous examinerons, dans l’emploi du temps alors imaginé par le personnage, la place occupée, aux côtés des activités de l’otium litteratum (lecture, conversation, écriture), par le jardinage et les travaux des champs. Comme en témoignent maints passages de son traité Du Théâtre d’agriculture et mesnage des champs (1600), Olivier de Serres, nous le verrons, a fait une lecture attentive de ce chapitre consacré à la « retraite d’Eutrapel ».

11h45 – Isabelle Imbert : « Jardin rêvé et jardin réel en Iran à la Renaissance »

Le jardin occupe une place particulièrement importante dans la culture persane depuis la plus haute antiquité. Espace clos traversé de canaux et empli de fleurs et d’arbres fruitiers, il symbolise le paradis décrit dans le Coran et revêt une fonction civilisatrice au cœur d’un vaste territoire majoritairement désertique et montagneux.

Cette communication propose d’étudier comment la dynastie safavide, au pouvoir en Iran entre 1501 et 1722, perpétue la tradition du jardin en remployant des images développées dans la poésie persane médiévale. Par la construction de luxueux palais au sein de la capitale, Ispahan, ou au sein des albums alliant peintures et calligraphies, le jardin revêt des formes multiples, parfois complexes à percevoir.

Celui-ci se traverse, se visite, mais aussi se rêve et se médite. A travers son image, l’amant atteint l’aimé et l’âme atteint Dieu. Il est à la fois lieu de connaissance, de rencontre et de partage, autant de symboles qui reflètent l’émulation que vit l’Iran safavide à l’époque de la Renaissance.

14h30 – Vincent Dorothée : « Le jardin côté cour: permanence d’une feinte et d’une figure dans la fête curiale à la Renaissance (1573-1627) »

Cadre occasionnel de la fête curiale à la Renaissance, du moins selon certains témoignages graphiques et picturaux (Réception des Ambassadeurs de Pologne, 1573), le jardin apparaît en revanche de façon récurrente, voire systématique, dans les ballets ou autres festivités et cérémonies princières de la période, sous forme de feinte, de machine ou de figure symbolique. A l’articulation des XVIe et XVIIe siècles, le ballet de cour paraît intimement associer la figure du jardin à celle de la magicienne néfaste, veritable pivot symbolique et dramatique de la représentation. C’est effectivement dans le jardin clos de son empire que Circé se révèle complètement dans le Ballet Comique de la Royne (1581). C’est encore un jardin qui constitue le cadre des enchantements qu’Armide exerce sur Renaud, et qui sert ensuite de théâtre à la dissolution de ce pouvoir magique dans La Délivrance de Renaud (1617), ballet dansé devant Marie de Médicis par le jeune Louis XIII peu avant son fameux « coup de Majesté ». C’est par le biais de ces spectacles de cour appartenant plus particulièrement à la sphère culturelle «franco-lorraine » de la première modernité que cette communication se propose d’envisager la prégnance, la récurrence et la pérennité du jardin, « réduit » ici au statut de feinte et de figure, et d’en interroger les raisons et les enjeux. Métaphore d’un monde parfois labyrinthique, en quoi et comment le jardin est-il, sous cette forme, susceptible de participer à l’allégorie « cosmico-politique » de la fête ou de la cérémonie curiale ?

15h30 – Visite de la roseraie

16h30 – Laurent Paya : « Rhétorique et esthétique de l’art des jardins en France au XVIe siècle »

Des travaux universitaires importants ont montré de quelle façon l’art du discours à l’antique, que l’on enseigne aux enfants des écoles durant le XVIe siècle, a conditionné la pensée créative des scientifiques, des artistes, des architectes, des écrivains et des poètes, tels que Pierre de Ronsard. L’art des jardins français de cette époque, que nous connaissons à travers l’œuvre de Jacques Androuet Du Cerceau, ne déroge pas à cette règle. En effet, la morphogénèse de ces espaces théâtralisés, qui ne préexistent pas au Moyen Age, est clairement la conséquence d’une transposition métaphorique basée sur d’autres champs artistiques. De plus, ces systèmes décoratifs, structurés comme des Odes, sont ornés de motifs dont l’usage est analogue à celui de l’elocutio. La copia (abondance) et la varietas (diversité), présentées comme les principales qualités d’une œuvre poétique, sont d’autres composantes de leur esthétique.
 
Adresse : Manoir de la Possonnière, 41800 Couture-sur-Loire
Informations pratiques

Site du manoir de la Possonnière