Laurence Wuidar, Fuga Satanae

Fuga Satanae

Musique et démonologie à l’aube des temps modernes

Dès le texte biblique, libérer l’individu possédé par le diable est une question épineuse qui reçoit une réponse musicale : David soigne Saul grâce au pouvoir de son instrument. Si la théorie musicale et la glose médiévale véhiculent cette action de la musique sur le malin, c’est au XVe siècle que naît un genre littéraire particulier à la diffusion et au succès européens : le manuel d’exorcisme où les théologiens établissent une science des signes pour distinguer la possession démoniaque des maladies naturelles et discourent des remèdes spirituels et corporels. La musique y est signe de la présence du diable et son langage participe des altérations du possédé, mais elle est aussi antidote et rétablit l’harmonie du corps aliéné. L’analyse de la musique dans les manuels d’exorcisme, au cœur de cet ouvrage qui inclut également la littérature de sorcellerie et de nécromancie, dévoile un rôle et un statut de la musique méconnus jusqu’à aujourd’hui que celle-ci ne perdra pourtant qu’à la mise à l’Index des manuels les plus célèbres au début du XVIIIe siècle.
Frans Floris, la chute des anges rebelles, huile sur toile, 1554 (WGA)

Frans Floris, la chute des anges rebelles, huile sur toile, 1554 (WGA)

TABLE DES MATIÈRES

Introduction
Etat de la question
Sources
Structure

PREMIÈRE PARTIE. LITTÉRATURE PATRISTIQUE ET MUSICALE : LE DIABLE ET LA MUSIQUE

Chapitre premier. Les fondements bibliques et patristiques
David et Saul : aux origines des exorcismes musicaux
Clément d’Alexandrie : les démons chassés par la musique de vérité
Grégoire de Nysse : altérations et thérapies musicales
Jean Chrysostome : le possédé et la musique du diable
Augustin : plaisir sensible et médium d’opération sur le démon

Chapitre II. Les théoriciens musicaux face au diable
Le diable à partir de la Musica disciplina
« Musica diabolum fugat » et la tradition renaissante
Mélancoliques, furieux et démoniaques : « sed sola Musicae efficacia » Kircher (1650)
Berardi et l’interprétation cabalistique (1689)

DEUXIÈME PARTIE. MANUELS D’EXORCISME : APPARITION, POSSESSION, EXORCISME

Chapitre III. Les apparitions diaboliques sonores et musicales
Phonoscopie démoniaque
Les apparitions ex auditu
De Strigimagarum (1521) et la tradition des apparitions musicales
Murmure tentateur et images mentales

Chapitre IV. La possession diabolique
Le théâtre et son double
Signes de possession et trouble du langage

Chapitre V. Remèdes à la possession diabolique : interroger, chanter, jouer
Les psaumes dans le rite d’exorcisme et la formalisation des attitudes
Médecine spirituelle et corporelle
La musique à partir du Malleus maleficarum (1486)
Les signes du départ

TROISIÈME PARTIE. INQUISITEURS ET CONFESSEURS: SUPERSTITION MUSICALE, EXORCISME ILLICITE, SORCELLERIE

Chapitre VI. Exorcistes, confesseurs et inquisiteurs : du bon usage de la musique
Frontière entre exorcismes licites et illicites
Musique superstitieuse
Les exorcismes musico-astrologiques du De occulta philosophia (1533)
Parodies d’exorcisme et hymnes diaboliques dans la Demonomanie (1580)

Chapitre VII. Musique et sorcellerie
Pacte diabolique et séduction musicale du futur sorcier
Le canon des danses à rebours et renversements musicaux

Conclusions

Bibliographie

Index des noms