Odeurs et parfums en Occident, Qui fait l’ange fait la bête – Brigitte Munier

Odeurs et parfums en Occident – Qui fait l’ange fait la bête
Brigitte Munier

 

Couverture d'ODEURS ET PARFUMS EN OCCIDENT,  Qui fait l'ange fait la bête , Brigitte Munier

 

Date de parution : 02/03/2017 Editeur : Félin (Editions du) Collection : Les marches du temps ISBN : 978-2-86645-855-3 EAN : 9782866458553 Présentation : Broché Nb. de pages : 298 p.

 

Sens mineur, l’odorat ? Futile, le parfum ? Importunes, les odeurs ? Ainsi le jugea la culture occidentale qui célébra le regard et l’audition pour mieux discréditer le nez. Sans la senteur, pourtant, l’émotion déserterait les souvenirs, l’intimité quitterait le lien de l’homme à Dieu et la sensualité s’absenterait de l’échange amoureux. Durant notre civilisation, puanteurs et parfums n’ont cessé d’instruire les pratiques religieuses ou médicales et d’œuvrer à la partition sociale avant d’élaborer le sentiment de l’identité personnelle. L’olfaction ouvre un monde fait de paradoxes, de contradictions et de métaphores dont cet essai suit l’histoire, réelle et symbolique, jusque dans ses derniers retournements contemporains en parfumerie et en biologie.

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L’importance des parfums et des odeurs est attestée dès l’âge de bronze en méditerranée orientale, de l’Egypte à la Mésopotamie où l’on trouve trace de l’utilisation d’aromate dans la fumigation pour honorer les dieux. Pourtant l’occident a vite méprisé l’odorat, à commencer par les philosophes grecs : Platon juge les plaisirs olfactifs d’ « une qualité hédonique inférieure » et Aristote le qualifie de  » sens intermédiaires « .

Pendant plus de vingt-cinq siècles les odeurs sont reléguées au second plan alors que Kant fait encore de l’odorat  » le dernier des sens de l’intime « . L’odorat était donc inférieur de tous les points de vue, cognitif, hédonique et social. Les sciences humaines, la médecine et les sciences exactes s’accordèrent à leur tour pour le concevoir telle une faculté peu développée et médiocrement utile que le progrès de la culture aurait fait régresser.

Les choses commencèrent pourtant à changer à partir des années 1970, Marcel Detienne avec Les Jardins d’Adonis, bientôt suivi par Alain Corbin et son fameux Le Miasme et la jonquille paru au début des années 80 inspirèrent de très nombreux essais et articles qui redorèrent l’image d’un sens jusque-là injustement ignoré. Des progrès considérables furent accomplis en neurobiologie et c’est finalement le prix Nobel de médecine récompensant le travail des américains Linda Buck et Richard Axel en 2004 qui entrainera l’incroyable essor de l’étude de l’olfaction.

Longtemps perçu comme le reliquat de l’évolution, le parent pauvre des recherches scientifiques, l’odorat révèle aujourd’hui une richesse exceptionnelle et se prête désormais à des travaux féconds. Dans son essai, Brigitte Munier nous propose une histoire occidentale de la sensibilité à l’odeur et aux parfums mêlée à l’intelligence de leur symbolisme. Le premier chapitre sera consacré au statut de l’aromate dans l’antiquité grecque et romaine, le second étudiera la place du parfum dans la Bible et sa place au moyen-âge, le chapitre III s’arrêtera sur les symboles, les images, la mémoire et le langage attaché au parfum jusqu’au chapitre IV et l’invention de la parfumerie de synthèse.
Le chapitre V interrogera la façon dont l’imaginaire moderne du parfum puise à des mythes et des contes archaïques notamment à travers la publicité. L’étude du statut social de l’odeur intéressera le chapitre VI, le dernier chapitre sera lui consacré aux rêves et aux usages d’une osmologie pensée à l’ombre du troisième millénaire.