Cécile Huchard – Présence et éthique du “sauvage”, de Ronsard à Du Bartas

Alors qu’aujourd’hui la notion de « sauvage » semble en voie de réhabilitation après des siècles de relégation et de mise en culture des espaces et des êtres désignés comme tels, il s’agit de regarder, dans deux œuvres aussi emblématiques que le sont celles de Ronsard et de Du Bartas pour la poésie du XVIe siècle et son rapport à la nature, la manière dont sont évoqués ou représentés une nature, des paysages ou des êtres (plantes ou animaux) « sauvages », dans le sens large de ce qui n’est pas approprié par l’humain. On se demandera quelles valeurs leur sont associées, et quelles sont les fonctions ou les usages du « sauvage » ; car au-delà du paradoxe, c’est de son extériorité, qu’elle soit spatiale, morale ou sociale, que le sauvage tire sa fonction poétique et esthétique, mais aussi éthique. Si elle passe pour Ronsard par l’évocation des divinités sylvestres de l’Antiquité classique dans des paysages topiques, ou par la reprise des topoi de l’âge d’or, si elle suscite chez Du Bartas l’angoisse du chaos et invite à la remémoration de la Chute, entre logique d’assujettissement et appel à la contemplation, cette part sauvage dit aussi la confrontation à l’altérité nécessaire à la création.
Pour consulter le sommaire du bouquet du Verger consacré à “Représenter la nature en France au XVIe siècle : écritures poétiques et relations au monde”, on peut se reporter ici.