Programme « Le jeu »

Sofonisba ANGUISSOLA, "Portrait de la soeur de l'artiste jouant aux échecs", (1555), Poznan, Muzeum Narodowe (source : WGA)

Sofonisba ANGUISSOLA, "Portrait de la soeur de l'artiste jouant aux échecs", (1555), Poznan, Muzeum Narodowe (source : WGA)

Le jeu est partout, dans les pratiques et dans le langage, au XVIe comme au XXIe siècle. On a beaucoup écrit sur la polysémie des termes qui, dans les langues modernes ou en latin, tentent de le désigner (ludusiocus, jeux, gameplay, etc.) et sur la diversité réelle des objets qui se trouvent ainsi nommés. Johann Huizinga, dans son ouvrage devenu classique, Homo ludens, a quant à lui proposé de faire de l’activité ludique le paradigme de toute culture : arts, science, droit, guerre, etc., tout est jeu. Mais la question reste posée de l’unité même du concept et de sa pertinence pour comprendre l’activité humaine dans ce qui la définit en propre.

C’est dire l’ambition, sans doute démesurée, d’un séminaire de jeunes chercheurs qui se proposent d’étudier la notion et ses manifestations concrètes dans l’Europe moderne. Aussi avons-nous choisi de nous appuyer d’abord sur une distinction simple, susceptible d’orienter la réflexion et de limiter la dilution des en-jeux, entre les pratiques ludiques de la Renaissance, d’une part, et les réseaux d’images qui, d’autre part, se tissent à partir de ces pratiques. Deux champs de recherche pourront être ainsi envisagés et articulés :

– Que sont ces jeux – au pluriel – auxquels se livrent les hommes de la Renaissance ? Comment s’inscrivent-ils, très concrètement, dans la vie des contemporains, dans l’espace politique et social ?

– Dans quelle mesure le jeu – au singulier – permet-il, aux contemporains comme au chercheur d’aujourd’hui de penser le monde d’alors, dans ses différentes manifestations ? Une attention particulière sera portée à la création artistique définie comme jeu.

Les jeux sont, en effet, non seulement des pratiques récréatives ou festives qui répondent à un certain nombre de critères définitionnels (que nous devrons évidemment rappeler et discuter), mais aussi des outils féconds de conceptualisation et de pensée de ce qui, au sens strict, ne répond pas à ces critères. C’est ce qui explique sans doute l’extension sémantique infinie des termes qui disent le « jeu », extension qui, a priori, menace de diluer l’objet dans un magma métaphorique. Or, il nous semble que la période envisagée offre un champ d’investigation particulièrement fécond qui permettra d’éclairer ce passage de l’objet à l’image : étape essentielle du processus, décrit jadis par Norbert Elias, de « civilisation des mœurs », l’époque moderne tente souvent, en effet, de se dire et de se représenter en termes de « jeu », parfois de « règle(s) du jeu », depuis le Courtisan de Castiglione jusqu’au pari de Pascal. En retour, on pourra se demander si, dans son extension maximale, le mot « jeu » est seulement métaphore, si, en d’autres termes, le « jeu des pouvoirs » ou « le jeu de l’acteur » ne permettent pas aussi de comprendre ce qui se joue dans une partie de dés ou de paume.

 

Programme provisoire :

Séance 1. Le samedi 12 avril. « Jeux en société »

– Introduction générale

– Mathieu Ferrand, «  Les universitaires parisiens et la pratique ludique des étudiants, au début du XVIe siècle : De la morale religieuse à l’éthique humaniste »

– Thibaud Zuppinger, « La posture ludique de l’honnête homme. La raison ludique, une rationalité à l’épreuve du baroque »

Séance 2. Le samedi 17 mai. « Jeux et littérature »

– Claire Laimé-Couturier, « Les échecs d’après Giovan Battista Pigna (Satyra I, Carmina, Ferrare, 1553) »

– Aurélia Tamburini, « Du jeu social au jeu littéraire : lorsque la nouvelle met en scène le jeu »

Séance 3. Samedi 14 juin. « Jeux en scènes »

– Henri Simonneau, « « En lice ! » Tournois, joutes et pas d’armes entre jeu politique et politique du jeu (XVe-XVIe siècles) »

– Goulven Oiry, « Des ‘passetemps’ des citadins : la comédie et le jeu à la fin de la Renaissance »

– Discussion avec Dominique Visse, directeur de l’ensemble Clément Janequin.

Maîtres de ballet : Mathieu Ferrand et Adeline Lionetto-Hesters.