Elie Génin – Les Prosopopées dans Pantagruel

Cette section constitue la partie 4 de 9 du numéro
Bouquet XXXII - Pantagruel de François Rabelais
Page de titre de l’édition princeps de Pantagruel (Lyon, Claude Nourry, [1532] ; BnF, Réserve, cote RES-Y2-2146 . Source : Gallica/BnF

Aujourd’hui restreinte au fait de prêter la parole à un inanimé, la prosopopée avait à la Renaissance des acceptions autrement plus étendues. En témoigne la définition qu’en donne Rabelais, la première en français : « Desguisement. Fiction de persone ». Cette double définition a conduit quelques critiques à interroger le rôle que jouait la prosopopée dans l’œuvre rabelaisienne, mais leurs études n’ont porté que sur les Tiers et Quart Livres. Quid de Pantagruel ? Bien que le mot prosopopée n’y soit jamais employé, cet article montre que les concepts auxquels il renvoie (progymnasmata, figure de pensée, déguisement) y sont omniprésents. Pratiquée par les personnages, la prosopopée apparaît comme une gymnastique ridicule et inefficace. Pour Alcofribas en revanche, elle constitue une ressource oratoire et poétique de premier plan. Enfin, le sens extra-langagier que Rabelais lui donne (« desguisement ») incite à l’envisager sous l’angle de la performance : ventriloquisme, théâtre de marionnettes, seul en scène… Plus qu’un outil de la satire ou de la réflexion sur le langage, l’« écriture prosopopéique » de Pantagruel est une invitation à la lecture performative du texte, afin d’en retrouver, à l’instar de la prosopopée, la pleine puissance ressuscitative.

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