Adeline Lionetto – Couleurs et topographies de la terre natale et de la terre d’exil dans la poésie de Du Bellay

Cet article analyse la représentation de la terre natale, l’Anjou, et de la terre d’exil, Rome, dans la poésie de Du Bellay à partir d’une étude du lexique des couleurs, replacé dans la culture visuelle et poétique du XVIᵉ siècle. Il montre que les notations chromatiques ne relèvent pas d’un simple effet descriptif, mais participent d’une construction axiologique et spatiale du monde poétique. L’analyse met en évidence une inversion significative de la valeur du rouge et du blanc entre la poésie amoureuse de L’Olive, où ces couleurs renvoient aux canons esthétiques de la beauté féminine et à une symbolique lumineuse et érotique, et les recueils de l’exil, où elles deviennent les signes de la dissimulation, de la maladie et de la violence. Cette mutation chromatique structure une opposition topographique entre Rome, espace urbain minéral, hivernal et mortifère dominé par le blanc, le gris et le noir, et l’Anjou, figuré comme un locus amoenus fertile et verdoyant. En s’appuyant sur l’anthropologie de Philippe Descola et sur l’analyse foucaldienne de l’épistémè de la Renaissance fondée sur l’analogie et la « convenance », l’article met en lumière la contiguïté ontologique entre le sujet poétique et son sol natal : l’exil apparaît ainsi comme un déracinement radical, affectant la vitalité et l’identité mêmes du poète.
Pour consulter le sommaire du bouquet du Verger consacré à “Représenter la nature en France au XVIe siècle : écritures poétiques et relations au monde”, on peut se reporter ici.