Olivier Halévy – Faire parler la “Ninfe Bièvre” : de la prosopopée de nymphe au décentrement écopoétique

Cette section constitue la partie 8 de 13 du numéro
Bouquet XXXIII : Représenter la nature
Pierre Milan, La Nymphe de Fontainebleau (avant 1553), Gravure au burin, Louvre, Département des arts graphiques.

Faut-il réenchanter la nature pour la protéger ? Oui, répond la « Ninfe Bièvre » (1573) de Jean-Antoine de Baïf. Par la voix de sa nymphe, la rivière de la Bièvre s’y plaint à la première personne d’être polluée par les rejets nocifs des teintureries des Gobelins et appelle les poètes à la venger. De façon très originale, le texte transforme une représentation poétique plus ou moins conventionnelle (donner à une entité naturelle la forme d’une nymphe) en représentation juridique novatrice (parler au nom d’une entité naturelle pour défendre ses droits intrinsèques à l’existence). Inscrivant le texte dans la tradition latine des prosopopées de nymphe tout en confrontant son discours avec des notions écologiques du XXe et du XXIe siècle, cet article se propose d’envisager le poème de Baïf comme une écopoétique imaginant par la poésie de nouvelles relations entre les humains et la nature. Cela permettra de préciser la figure composite de la nymphe qui représente la rivière (à la fois nymphe métamorphosée, nymphe sacrée et nymphe plaintive), de décrire le décentrement animiste qu’elle accomplit et enfin de mettre en évidence la relation de symbiose et de co-dépendance bénéfique avec le monde qu’elle appelle les poètes à tisser par la poésie. 

Pour consulter le sommaire du bouquet du Verger consacré à “Représenter la nature en France au XVIe siècle : écritures poétiques et relations au monde”, on peut se reporter ici.

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