Audrey Gilles-Chikhaoui : Se souvenir du viol de Lucrèce : plaisir et chasteté chez Lorenzo Valla, Castiglione et Marguerite de Navarre

Cette section constitue la partie 4 de 11 du numéro
LE VERGER – Bouquet IV : Viol et ravissement

Audrey Gilles-Chikhaoui, Université Aix-Marseille

Luca Giordano, "Le viol de Lucrèce", Museo di Capodimonte, Naples, 1663 (source : Wikimedia Commons, par Sailko — licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0)

Luca Giordano, "Le viol de Lucrèce", Museo di Capodimonte, Naples, 1663 (source : Wikimedia Commons, par Sailko — licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0)

 

 

Lucrèce, dame romaine violée par le fils de Tarquin et qui se suicida pour se laver de ce déshonneur, fait partie des figures féminines que les traités en faveur des femmes au Moyen Âge et à la Renaissance citent comme exemplum. Paradigme de vertu, Lucrèce est un modèle dont les femmes doivent se souvenir pour adopter une conduite. Dès Augustin dans La Cité de Dieu, un soupçon sur son consentement et sur la qualification a été porté, soulevant la question de la volupté éprouvée. Dans la Renaissance italienne et française, trois textes envisagent cette réinterprétation dans le cadre d’œuvres favorisant les échanges et les débats : le De Voluptate (1431) de Lorenzo Valla, Il Libro del Cortegiano (1528) de Castiglione et L’Heptaméron (1558) de Marguerite de Navarre, plus précisément les nouvelles 4 et 62. Chacun de ces textes, à partir de la question de l’honnêteté féminine, accorde une place complexe et paradoxale à la volupté féminine dans le viol : requalification de l’acte, réécriture moderne d’un modèle antique, réflexion théologique, ces trois textes dialoguent avec l’idée d’un souvenir à conter ou à effacer, replaçant alors l’écriture du viol et la considération de la volupté féminine dans le cadre de la Querelle des femmes.

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