Marie Saint-Martin : « Une moralité composée des grandes calamitez » : Lazare de Baïf et l’ « Electre » de Sophocle

Cette section constitue la partie 1 de 2 du numéro
LE VERGER - Herbes Folles

Marie Saint-Martin U. Paris-Sorbonne

Pierre-Narcisse Guérin, "Clytemnestre hésitant avant de frapper Agamemnon endormi", 1817, Louvre (source : Wikipédia).

Pierre-Narcisse Guérin, "Clytemnestre hésitant avant de frapper Agamemnon endormi", 1817, Louvre (source : Wikipédia).

 

Cet article est le fruit d’une communication qui a eu lieu lors du séminaireChorea le 6 octobre 2012, dont vous pouvez consulter le compte rendu.

 

Présentation :

Lazare de Baïf considère la tragédie comme une « moralité composée des grandes calamitez, meutres & adversitez survenus aux nobles & personnaiges ». Cette définition, présentée au seuil de la traduction qu’il donne de l’Electre de Sophocle en 1537, pourrait s’appliquer tout aussi bien à l’adaptation que John Pickering donne de la même pièce trente ans plus tard. Elle correspond aux conceptions esthétiques des grammairiens, pour qui la tragédie doit se terminer mal. Malheureusement pour Baïf comme pour Pickering, le modèle sophocléen ne se prête guère à une telle définition : l’histoire d’Electre et d’Oreste, chez Sophocle, se termine sur un chant de victoire. Si Pickering, qui livre une adaptation extrêmement libérée de son modèle, peut contourner la difficulté et transformer la fable initiale pour qu’elle corresponde à ses vues, Baïf, lui, en tant que traducteur, n’a pas cette liberté ; il se livre pourtant à quelques réaménagements qui infléchissent la portée de l’ensemble de la pièce, pour la faire concorder davantage avec les attentes du public et avec ses propres idées. Une moralité exemplaire, un poème spectaculaire, le spectacle d’une calamité désastreuse : Baïf fait de l’Electre de Sophocle une pièce encore imprégnée de l’esthétique médiévale, mais également pionnière dans le développement d’un art dramatique humaniste qui y trouvera quelques années plus tard un modèle novateur.

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