Louis-Patrick Bergot – Les splendeurs du Théocène : réception du psaume 104 à la Renaissance

Incipit de la Genèse.
Gallica/BnF
Le Psaume 104, dit des « Splendeurs de la Création », offre la peinture d’une nature originelle, prodigue et bienfaisante. L’inspiration bucolique qui sous-tend le texte biblique ne pouvait manquer d’inspirer les poètes de la Renaissance, à commencer par Clément Marot, qui en donna une traduction versifiée dès 1541 dans ses Trente Psaumes. Dans le cadre de cette article, nous voudrions montrer qu’une relecture écopoétique de ce texte fondateur permet de mieux comprendre l’évolution du rapport de l’humain à la nature. Les protestants ont fait un usage tout particulier du Psaume 104. Dans La Recepte véritable (1563), Bernard Palissy conçoit un jardin symbolique qui servirait de refuge aux huguenots. Quinze ans plus tard, Jean de Léry invoque également le Psaume 104 dans son Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil afin de rendre compte des merveilles naturelles du Nouveau Monde. Au-delà de l’engagement politique, le Psaume 104 a aussi permis aux poètes d’exprimer leur conception du monde naturel. Du Bartas, sûrement marqué par la dimension hexamérale du texte biblique, s’en est inspiré pour l’écriture de sa Sepmaine (1578), comme l’avait fait Scève pour son Microcosme (1562). L’étude conjointe de ces différents textes nous permet de démontrer l’existence d’un « Théocène », défini comme une ère symbolique, culturelle et anthropologique, correspondant à l’âge où le monde extérieur à l’être humain, pour ne pas dire la « nature », était appréhendé symboliquement comme une Création qui ne portait pas tant l’empreinte de l’humain – comme avec l’Anthropocène –, que celle de Dieu.
Pour consulter le sommaire du bouquet du Verger consacré à “Représenter la nature en France au XVIe siècle : écritures poétiques et relations au monde”, on peut se reporter ici.